Cigarette électronique : vers une réhabilitation dans la lutte anti-tabac ?

Cigarette électronique : vers une réhabilitation dans la lutte anti-tabac ?

L’effet « passerelle », l’épidémie des pneumopathies « Evali », des recherches scientifiques douteuses financées par les lobbies du tabac… les deux dernières années n’ont pas été tendres avec la cigarette électronique. Nous assistons toutefois à un semblant de réhabilitation depuis le début de l’année 2020.

L’effet « passerelle » de la cigarette électronique : un mythe ?

C’est en tout cas la conclusion à laquelle a aboutie une étude de l’Inserm, sous la direction du professeur Stéphane Legleye, spécialiste en épidémiologie dans l’Institut national de la santé et de la recherche médicale. L’effet « passerelle » stipule que l’utilisation de la cigarette électronique, notamment par une cible jeune, conduit inévitablement à la consommation de la cigarette à tabac. Pour tester cette hypothèse qui a fait son chemin dans plusieurs pays dans le monde, l’Inserm a sondé quelque 44 000 jeunes âgés de 17, 18 et 19 ans partout en France. Les résultats plaident plutôt en la faveur de la cigarette électronique en tant qu’aide au sevrage tabagique. Voici une synthèse des conclusions de cette étude de l’Inserm :

  • Les jeunes qui passent par le vapotage (cigarette électronique) en premier ont 42 % de chances en moins de devenir fumeurs par la suite en comparaison avec ceux qui ont commencé par le tabac en premier ;
  • 43 % des jeunes qui ont commencé par le vapotage n’ont jamais fumé une cigarette à tabac par la suite ;
  • Ces données doivent être analysées dans le contexte. En effet, 25 % des Français âgés de 17 et 18 ans sont fumeurs.

Il faut rappeler que la cigarette électronique épargne au vapoteur des centaines de substances chimiques toxiques et cancérigènes qui résultent de la combustion du tabac comme le monoxyde de carbone, le goudron et les métaux lourds. Rappelons toutefois que la meilleure décision reste de ne pas fumer et de ne pas vapoter. La cigarette électronique, lorsqu’elle est abordée comme un moyen de sevrage tabagique progressif qui doit conduire à une vie sans nicotine, reste un moindre mal à plusieurs niveaux.

Non, la cigarette électronique n’est pas responsable de l’épidémie « Evali »

Le mystère qui a longtemps entouré l’épidémie de pneumopathies associées à l’utilisation de la cigarette électronique dans les Etats de New York et du Texas a été résolu fin 2019. Selon les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC), cette forme de pneumopathie sévère n’est pas liée à la cigarette électronique en elle-même, mais à un cas de mésusage du dispositif. En effet, la pneumopathie, qui sera par la suite baptisée « Evali », est une conséquence directe d’e-liquides de vape contenant des substances illicites et périmées comme l’acétate de vitamine E, une huile que l’on retrouve généralement dans les cartouches de cannabis de contrebande. Cette forme synthétique de vitamine E a été retrouvée dans la quasi-totalité des échantillons biologiques des lésions pulmonaires des patients souffrant de cette forme de pneumopathie.

En somme, l’épidémie « Evali » est une conséquence directe de la commercialisation et de la consommation de produits frelatés à l’acétate de vitamine E obtenus sur le marché noir du THC. Le bilan s’était alors élevé à quelque 68 décès pour plus de 2 800 hospitalisations. Cet épisode, et le manque de médiatisation de son épilogue, a sonné le glas de la cigarette électronique dans le pays de l’Oncle Sam alors même que plusieurs européens commencent (timidement) à y voir une opportunité majeure pour la lutte contre le tabac.

L’Académie nationale de médecine a d’ailleurs tenu à rappeler par un communiqué publié à la suite de cette épidémie que la cigarette électronique a permis à 700 000 fumeurs français de décrocher durablement. Début février 2020, le cabinet Morning Consult a sondé les Américains au sujet de l’épidémie « Evali ». Les résultats confirment le manque de médiatisation de l’épilogue de l’épidémie, dans la mesure où les deux tiers des sondés pensaient toujours que les décès étaient liés à la consommation de la cigarette électronique, et seuls 28 % d’entre eux savaient que cette pneumopathie était causée par les produits au THC du marché noir.